22 janvier 1916

Publié le par Alain

Le 22 janvier 1916

 

Ma chère Margot

 

Aujourd'hui je n'avais une carte et une lettre, hier je n'avais rien. J'ai reçu ta carte ta lettre du 19 et ta carte du 17. Enfin heureux de vous savoir en bonne santé tous. Moi ça va pour le moment. Très heureux que tu reçoives mes lettres, tu dois recevoir régulièrement tous les jours car je t'écris tous les jours. Tu me dis que tu as reçu la vente de ton bœuf : je dois comprendre que l'épaule a été vendue 1 f et la cuisse aussi ; c'est très étonnant qu'ils n'aient pas fait de différence de 2 ou 3 sous par livre de l'épaule à la cuisse. Sur ce que tu me dis, je comprends que le tout est vendu 1f la livre. Enfin, tu n'avais pas de frais d'octroi, qui te fait une différence de 15f pour l'octroi si elle te rapporte 100f il ne faut pas trop se plaindre. Enfin il paraît que toute la marchandise a diminué, aussi bien les vaches que les veaux. Je suis, comme je t'ai dit bien plusieurs fois, très heureux de savoir que tu aies une très bonne organisation, ce qui me rend plus heureux. Pour moi tu feras ce que tu pourras, n'aies pas peur que je t'envoie l'huissier, reste tranquille à ce point de vue-là; fais toujours à ta guise et ce sera bien. Pour la femme au Père Girad (?), tu as vu que je ne me trompe pas beaucoup, je dois m'y connaître. Tu me donneras des renseignements dès ton voyage à Tours, j'espère qu'il aura été bon, et que tu auras réalisé à ta pensée. Très heureux d'apprendre qu'Albert Germain soit en permission, ça fera peut-être pas si grand plaisir à sa femme, car je ne peux comprendre qu'est-ce que c'est que cette femme-là, une femme qui elle aussi doit aimer bien boire un coup, et plus tard elle fera concurrence à la mère Girad (?), je n'ai guère l'habitude de me tromper, en fin c'est leurs affaires.

Ecoute ma chère Margot, ne t'embête pas si j'ai quitté la charcuterie, j'ai repris la boucherie et j'aime mieux; j'ai peut-être beaucoup plus de travail de force, la reprise m'était très dure, mais je recommence à m'habituer. Si je suis parti de la charcuterie c'est que j'ai bien voulu, mais je ne pouvais pas m'entendre avec le Cabeau. Je suis parti de moi-même après une dispute que nous avions eue ensemble, j'ai dis à l'adjudant que je voulais rentrer à l'abattoir, il m'a fait réponse : dit à Gaultier qu'il en demande un autre. Quelques jours après, le Capitaine demande à Gauthier où j'étais, alors il lui a dit que j'avais demandé à rentrer à l'abattoir, alors le capitaine lui a dit de me porter une permission pour qu'il puisse me mettre 8 jours de prison, mais tout cela ne m'a jamais tourmenté, surtout que l'autre n'avait aucune permission à me porter, mais jamais je lui pardonnerai. Tout cela n'est rien, ne te tourmente pas. Tu me demandes si je suis bien avec l'adjudant : je n'ai jamais été mal avec lui malgré qui beaucoup ont peur de lui, moi je cause avec lui comme je cause avec n'importe quel camarade, alors je m'arrangerai toujours. Tu me demandes s'il y a longtemps qu'il est avec nous, il est avec nous depuis le début. Tout le monde a peur de lui, avec moi il n'a jamais été que bon camarade, et j'ai toujours eu pas à me plaindre de lui.

Ma chère Margot, j'ai assez causé, en attendant demain le plaisir de te lire, je termine en t'embrassant mille fois de tout mon cœur ainsi que les enfants.

Ton mari qui t'aime pour la vie

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Publié dans blogduboucher

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