09 décembre 1914

Publié le par Alain

Poperinge le 9 décembre 1914

Ma chère Marguerite
 

Je fais réponse à tes deux lettres celle partie du 30 et celle partie du deux, reçue la 1ère le 6 l’autre le 7. Comme je t’ai déjà dit j’ai reçu le papier à cigarette le fromage qui était bon comme jamais j’en ai mangé de ma vie, tu as eu une riche idée et enfin le chocolat. Je suis heureux de vous savoir tous en bonne santé, moi ça va mieux. Tu me demandes si le dimanche nous avons repos nous ne connaissons ni dimanche ni jour de fête maintenant depuis 2 jours nous ne tuons plus nous allons chercher de la viande frigorifiée à la gare tous les jours. 4000k ça peut durer comme cela 8 ou 10 jours, ça donne tout de même moins de travail il y a simplement que le chargement et le déchargement de la viande, ça va nous reposer un peu, ça nous fera pas de mal. Je ne sais pas mais je crois que nous allons bientôt partir d’ici, oh que ce soit donc tout de suite, ça fait absolument trop longtemps que nous sommes ici on trouve le temps beaucoup long, que de changer souvent. Oui je pense que ce ne doit pas être bien facile d’écrire avec ces deux petites, naturellement elles doivent être toujours après toi.

J’ai reçu une lettre du chauffeur de Nitray, il m’a donné l’adresse de Jean de Fontenaille justement il est ici à Poperinge, je suis allé le voir il est aux automobiles de l’Etat Major. Ils sont presque toujours avec nous. Il était heureux de me voir mais tu comprends, je ne veux pas aller souvent le voir, car ce n’est pas du tout mon rang malgré que maintenant, il est comme moi simple soldat. En effet ce Raimbault ce qu’il a une chance, c’est lui qui ferait bien un bon espion, je ne parle pas au point de vue militaire mais au point de vue civil. Je me rappelle bien avoir reçu 200f d’acompte des peaux sur le mois de juillet, ça te fera pas beaucoup à recevoir malheureusement, et aussi les impôts à payer, toujours payer. Je vais écrire au Père Lunais aujourd’hui si c’est possible et je m’en vais lui parler au sujet de l’allocation que tu as droit et les deux petites filles aussi, je m’en vais lui dire qu’il fasse les démarches près de Mr Bédault, Mr Chollet et le percepteur puisque ce sont eux qui sont chargés de la commission et je m’en vais lui dire que si ce n’est pas suffisant d’écrire au préfet et si ce n’est pas suffisant encore nous écrirons au ministre et que je suis parti le 1er jour de la mobilisation et je m’en vais lui dire que si mes parents vivent de leurs rentes, ils sont absolument que pou eux, qu’ils ne peuvent rien me donner, enfin je m’en vais lui arranger ça de mon mieux et nous verrons.

Oui en effet les châteaux te font beaucoup de bien, maintenant tu as le mois de Nitray tu vas pouvoir travailler comme il faut. C’est malheureux que Madame Lebreton de Vallet soit partie car en effet c’était une très bonne cliente certainement pas difficile à servir, j’ai reçu une lettre de ce fameux Léon me disant qu’il avait été livrer les peaux à Amboise et qu’il pleuvait toute la journée et que mon beau père l’a attrapé, en arrivant en le traitant de sauvage, qu’il allait faire crever la jument et un tas de boniments et qu’il allait s’en aller, que si vous n’étiez pas contents, d’en chercher un autre, que si ce n’était pas pour moi, qu’il serait parti. Quel drôle de citoyen ce qu’il va nous en faire voir ? Enfin ne dis rien, je vais lui envoyer une lettre en même temps que toi dans laquelle je vais lui mettre du tabac ça le calmera peut-être un moment.

Petite Suzanne et petite Henriette Papa remercie ses deux petites filles de lui avoir écrit et vous embrasse bien fort toutes les deux et surtout de ne pas faire de peine à petite maman Marguerite.

Quand tu verras ta tante et ton oncle tu leur donner le bonjour, tu penses que tu ne peux pas écrire à tout le monde, je tacherais de leur écrire d’ici peu. Tu as bien fait de vendre ton fumier ça t’a permis de faire rentrer de la paille je pense que tu as pris mon avoine que j’avais chez Marcel.

Ma chère marguerite je termine en t’embrassant mille fois de tout mon cœur.

Ton mari qui t’aime pour la vie
E. Vallet
A bientôt de tes nouvelles
Embrasses tes parents de ma part
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Publié dans blogduboucher

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