10 décembre 1914
Poperinge le 10 décembre 1914
Je profite d’un petit moment pour vous donner de mes nouvelles qui sont assez bonnes pour le moment, et j’espère que la présente vous trouvera de même tous les deux. Je viens vous parler au sujet de la l’allocation qui est due aux familles dont leur mari sont à la guerre, je ne vois pas pourquoi il y a des préférences. Je ne vois pas pourquoi également que ma femme et mes deux petites filles ne toucheraient pas, d’autant plus qu’il y en a dans le pays qui sont plus aisés que moi et qui touchent ; en pays limitrophe aussi. Moi il me semble que je fais mon devoir comme les autres, je ne veux pas dire par là que c’est de votre faute, non, puisque ma femme m’a fait savoir qu’elle avait été acceptée par vous, je vous en remercie, mais que Mr Bidault, Mr Chollet et Mr le Percepteur qui font partie de la commission ont dit à mon beau père que c’était parce que mes parents vivaient de leurs rentes.
Monsieur Lunais je vous chargerais donc de dire à ces Messieurs que si mes parents vivent de leurs rentes ils sont absolument pour eux ! à moi ils peuvent rien me donner, ils ne peuvent pas retirer le pain qu’ils doivent manger pour me le donner à moi. Ce n’est pas du tout juste de ce compte là. Maintenant ma femme travaille, ne croyez pas qu’elle gagne de l’argent, non, elle a un commis qu’il faut payer naturellement ; qui coûte 70f par mois, ses deux enfants à élever, elle travaille, se donne beaucoup de mal, simplement pour conserver la clientèle, que si j’ai le bonheur de revenir d’être heureux de retrouver mes anciens clients.
Aussi Monsieur Lunais je vous le répète je vous chargerais donc de faire le nécessaire à ce sujet, et spécifiez à ces messieurs que je suis parti le premier jour de la mobilisation et que je le répète, ma femme ainsi que mes deux petites filles doivent toucher, depuis le 1er jour de la mobilisation. Je pense que ces Messieurs voudront bien accepter d’autant plus que nous y avons droit.
Si en cas contraire je me contenterai d’écrire au Préfet.
Dans l’attente d’une réponse, veuillez accepter Monsieur le Maire mes sincères salutations
E. Vallet