20 décembre 1914
Le 20 décembre 1914
Ma chère Marguerite
Je fais réponse à ta dernière lettre du 11 décembre qui m’a fait grand plaisir, de vous savoir en bonne santé. Tu ne me parles pas si tu vas mieux, tu ne me parles pas de ta santé, tu me laisses dans le tourment mais enfin j’espère que ce sera qu’une fatigue prévenue d’excès de travail, j’attendrai avec impatience ta prochaine lettre pour savoir si tu es complètement rétablie du moins j’espère que ma lettre te trouvera en meilleure santé moi pour l’instant ça va bien je ne plains pas jusqu’à ce moment je n’ai pas froid. Nous sommes couchés dans un grenier, nous avons de la paille à volonté, il ne faut pas se plaindre, d’abord nous commençons à se faire à la misère. Ma chère Marguerite il ne faut pas compter que je serai arrivé pour te souhaiter la bonne année, embrasse de tout mon cœur ainsi que les enfants pour le jour de l’an, malheureusement l’année 1915 participera au conflit de cette triste guerre, il faut à mon idée compter le mois d’avril, « je serai peut-être comme petite Suzanne » un petit poisson d’avril pour toi, qu’en penses-tu ? si seulement c’était le jour de l’an, quelle belle étrenne.
Ma chère Marguerite j’ai reçu ton colis et je te remercie mille fois je te jure qu’il a été le bienvenu tout était excellent je suis heureux de déguster le contenu à mon déjeuner le matin le fromage était comme l’autre extra bon on dirait du beurre jamais dans le civil j’ai mangé si bon, quant aux confitures tu sais je n’y tiens pas et en supplément de ça, ça arrive pas en bon état, malgré cela elles étaient très bonnes, mais toute la gelée était partie, je te remercie bien des fois je vois que tu penses à moi, de mon coté je suis de même, et je suis heureux à ce point de vue là. Ma chère enfant quand tu m’enverras un colis n’oublie pas de me mettre un cache col, je te l’avais déjà demandé, mais certainement tu l’auras oublié, tu pourrais me mettre un paquet ou deux de cigarettes françaises ça me ferait plaisir le tabac français est bien meilleur et non seulement ça, mais ça serait éprouver un plaisir , je te dirai que je n’ai pas besoin de cela pour penser à toi, loin de là parce que il ne se passe pas une minute sans que je sois à penser à toi ainsi qu’à nos deux petites filles que je serai si heureux de pouvoir les embrasser et le Papa et la Maman Vincent et la grand-mère Rousseau. J’ai oublié de te dire sur ma dernière lettre de bien remercier la grand-mère Rousseau des raisins qu’elle ta donnés pour m’envoyer, dis lui que j’ai eu le plaisir de goûter à deux grains et que je l’ai trouvé excellent, c’est regrettable qu’ils soient arrivés dans cet état. Il faut envoyer absolument des choses qui se conservent. « Dis lui que si elle veut te donner un billet de vingt pour m’envoyer, que ce sera une chose qui se conservera ». Je veux te faire rire un peu malgré que nous en avons pas envie, mais puisqu’il n’y a rien à faire. La seule chose qu’il faut réclamer c’est de nous retrouver tous en bonne santé c’est le principal espérons le. Je pense que le Papa Vincent va bien, et qu’il se soigne du mieux possible, je pense le retrouver aussi solide qu’auparavant sa maladie, je serai très heureux de recevoir une lettre d’eux, ils ne m’ont jamais écrit. J’ai des nouvelles par toi c’est suffisant mais une lettre de temps en temps me ferait grand plaisir.
Ma chère marguerite tu ne voudrais pas croire qu’au moment où je fais ma lettre les obus passent au dessus du grenier, l’artillerie tire sur 2 aéroplanes allemands qui volent au dessus du cantonnement. Je n’y fais même pas attention. Ils viennent lancer des signaux c'est-à-dire des fusées ils viennent repérer nos batteries et les signalent au moyen de fusées de toutes couleurs qu’ils lancent. Ca ce sont les incidents de la guerre chez eux c’est la même chose nous avons des aviateurs qui en font autant. Tu me demandes des nouvelles de Robin, pour l’instant je ne sais pas où il est. Ma chère marguerite je suis très heureux de voir que tu t’organises très bien, naturellement que les vendanges et les battages t’ont donné une meilleure vente que tu peux l’avoir maintenant. Enfin si tu peux gagner ta vie et que tu sois en bonne santé c’est le principal. J’ai reçu une carte d’Achille en même temps que ta lettre ça m’a fait plaisir, tu as fait pour le mieux c’est très bien. Tu as à recevoir une lettre du 9 une du 11, du 16 et celle-ci.
Ma chère Marguerite je termine en t’embrassant mille fois de tout mon cœur ainsi que mes petites filles tes parents et la grand-mère. En attendant le plaisir de te lire je t’embrasse encore mille fois de tout mon cœur.
Ton petit mari qui t’aime pour la vie.
E. Vallet
N’oublie pas de mettre secteur 64