27 décembre 1914
Le 27 décembre 1914
Ma chère Marguerite
Je fais réponse à ta lettre du 19 je suis très heureux de vous savoir tous en bonne santé moi ça va pas trop mal pour le moment si ce n’est que le froid aux pieds je suis malheureux pour cela et cependant je mets deux paires de chaussettes ça n’y fait rien ça me donne des douleurs dans les jambes, nous sommes toujours en campagne, ce n’est pas bien quel, mais le principal, notre cantonnement n’est pas mauvais comme distraction nous avons le plaisir d’entendre le canon jour et nuit, c’est toujours ça.
Ma chère Marguerite, j’ai reçu ton colis hier dans laquelle il y avait de la ouate thermogène, des rillons excellents saucisson également des pastilles et du camphre. Je te remercie mille fois ça m’a fait grand plaisir tu as bien fait de ne pas envoyer de rôti, ce n’est pas utile, je n’y tiens pas du tout, je préfère du fromage que de la viande, ça me fait mieux manger. Ma chère Marguerite si en tout cas Morin veut te faire la concurrence, laissez le faire, ce n’est pas dérangeant il se lassera ça ne durera pas longtemps, surtout pour le mouton c’est un article qui n’a jamais gagné de l’argent, que tu en ais pour tes châteaux c’est le principal.
Comme tu dis ma chère enfant il nous faut du courage et de la patience, et le bonheur peut-être ! reviendra nous retrouver. Ecoute ma chère Marguerite, quand je reviendrais, il faudra me réserver une petite place à coté de toi dans ton lit, car je crois que ça me fera plus plaisir que d’être seul, et à toi? …
Enfin ma pauvre enfant espérons que ça sera pas long maintenant, car d’un coté comme d’un autre il est impossible de rester dans les tranchées, tu ne peux te figurer ce qu’il y a de pieds gelés, il y en aura des infirmes, c’est rudement malheureux, il y en a des milles qui ont eu les deux pieds coupés, il faudrait mieux recevoir une balle au cœur, ça serait moins cruel, enfin que veux-tu chez les boches c’est encore pire, je ne crois pas je te le répète que ça dure bien longtemps maintenant, car nous prenons l’offensive, et coûte que coûte il faut les refouler chez eux, à l’heure actuelle nous leur donnons pas le temps de tousser. Nous les aurons mais nous aurons eu beaucoup de mal. Heureusement pour moi, que j’étais à la section car je serais peut-être plus vivant à l’heure actuelle. J’ai vu plusieurs compagnies de mon ancien régiment du 69ème , il n’en reste plus beaucoup, un infirmier m’a dit que le lieutenant Trébut était mort, il n’y a presque plus d’officiers, ce sont les sergents et les lieutenants qui prennent le commandement des compagnies.
Ma chère Marguerite j’oubliai de te dire que j’ai reçu le colis un peu trop tard pour le réveillon, mais écoute le réveillon n’avait rien de bien intéressant pour moi.
Je termine en t’envoyant mes vœux mes vœux les plus sincères pour l’année 1915, ainsi qu’à nos deux petites Suzanne et Henriette et à tes parents et grand-mère Rousseau et en vous embrassant mille fois de tout mon cœur. Ton petit mari qui t’aime pour la vie et qui attend avec courage le bonheur de te revoir toi et toute la famille.
A bientôt le plaisir de te lire
E. Vallet