02 juin 1915
Le 2 juin 1915
Faite le 2, partira le 3 soir
Ma chère Marguerite
Aujourd'hui deux juin je n'ai rien reçu, et bien je te mets un mot pour te faire voir que je t'écris tous les jours. Cette lettre ne partira que demain 3, elles sont toujours datées un jour avant. J'écris le soir et elles ne partent que le lendemain soir. Je suis en très bonne santé et je pense que la présente vous trouvera tous de même. J'ai reçu une lettre de Gabin (?) hier, il est toujours du côté de la frontière belge. Certainement que nous serons pas très longtemps sans ce revoir ; il y bien des chances qu'il revienne rejoindre sa section. Il m'a appris la mort du père Merlot de Cigogné (?).Il ne me vendra plus de moutons, on ne souhaite pas la mort, mais il fera beaucoup moins faute que beaucoup de camarades, pères de famille de 25 à 30 ans, qui tous les jours se font tuer pour mettre à néant ce fameux Guillaume. Espérons voir la fin de ce dernier d'ici peu. Aujourd'hui en allant chercher de la viande à Tincques à 10 k de notre cantonnement, j'ai vu encore environ 150 boches prisonniers. Je l'affirme qu'ils sont comme nous, ils ont l'air d'en avoir assez, ils sont comme moi, la plupart ont des cheveux blancs.
Ma chère Marguerite, en attendant demain le plaisir de te lire, je termine en t'embrassant mille fois de tout mon cœur, ainsi que petite Suzanne et Henriette.
Ton petit mari qui t'aime pour la vie.
E. Vallet