Léon 04 juin 1915
Athée le 4 juin 1915
Mon cher Patron,
C'est avec force que je suis obligé de vous écrire ces quelques mots mais enfin je ne peux plus rien vous cacher, il faut que je vous dise tout ce que je pense.
Eh bien vous savez il faut que ce soit moi pour rester chez vous, parce que votre femme a toujours quelque chose à dire ; moi je suis peut-être emportant, je l'avoue, mais il y a sa mère et son père qui lui montrent le coup. Je les ai entendus déjà plusieurs fois mais hier j'ai cassé le morceau : c'était de changer ou bien moi partir. Il y a aussi Mesdames Gallicher qui s'occupent aussi. Ainsi l'autre jour elle a été dire que j'avais payé un veau 2 ? de plus par cents que celui à Boissé, alors moi j'ai été engueulé par les gens, ils sont tous les soirs à la maison c'est pour raconter ce qui se passe.
Alors dites bien à votre femme que si ça ne veut pas changer eh bien le 1er juillet je vous quitterais ; ce sera avec beaucoup de peine pour vous, de vous savoir là-bas inquiet, mais comme je vous ai déjà dit que c'était pour vous je veux bien patienter encore jusqu'au mois prochain, mais ce sera tout s'il n'y a pas de changements.
C'est à tête reposée que je fais cette lettre parce que si ç'avait été sur le moment de la colère je vous aurais mis des bêtises.
J'espère bien que vous ferez cesser ça au plus vite mais moi vous ne me donnez jamais de réponse à ces questions.
Moi je n'ai pas de reproches à me faire. J'ai fait comme je devais faire et vous pourrez vous renseigner si vous avez le bonheur de revenir et vous verrez.
C'est comme pour l'achat de la marchandise, vous devriez bien envoyer Octavie puisqu'il y a qu'elle qui fait bien elle pourrait quelque fois me remplacer : vous n'auriez pas besoin de payer de commis. Je crois bien que c'est plutôt pour ça.
Enfin, encore 26 jours et nous verrons.
Plus rien à vous dire, je termine en vous serrant cordialement la main.
L. Guérin