25 juin 1915

Publié le par Alain

Le 25 juin 1915

 

Ma chère Marguerite,

 

Je viens de recevoir ta lettre du 21 et je suis très heureux de vous savoir tous en bonne santé ; moi ça va très bien pour le moment. Et en même temps que ta lettre j'ai reçu de Léon aussi, mais écoute je ne veux plus avoir des explications de ce genre, je suis complètement dégoûté de tout cela, je m'en vais lui envoyer une lettre qui certainement changera tout, je ne veux pas que ce soit un galopin comme ça qui doit faire changer les gens de la maison, parce qu'ils ne plaisent pas à monsieur. Certainement que tu sais bien ce que tu as à faire, il ne me parle pas qu'il a fait tomber la jument et qu'il a cassé le brancard de la roulotte ; il fait la bombe le soir, et dans la journée pour faire son travail il roupille, certainement qu'il dormait et que la jument marchait comme elle voulait et qu'elle sera tombée comme ça. Je me représente une chose quand je serai rentré, la jument ne tiendra plus debout. Je m'en vais lui écrire en lui disant que je prétends que la patronne soit bien libre de prendre à son service les gens qui lui plaisent et que lui m'a rien à voir avec ces gens-là. Faire son travail et écouter sa patronne et c'est tout ce que je lui demande. S'il veut s'en aller il s'en ira ; si tu es obligée de fermer, tu fermeras, mes clients, ce n'est pas tourmentant, je les retrouverais bien à mon retour, tu vivras avec ton allocation, moi je m'arrangerai comme je pourrai. Si tu trouves à vendre le cheval et la voiture tu la vendras, à l'exception de la roulotte, plus tard on verra. Je ne peux plus vivre comme cela. On se donne un mal de chien que pour arriver à des ennuis tous les jours. Tu te reposeras, et tu n'auras pas à subir les caprices journaliers de ce citoyen, moi je ne le peux plus.

Je vais te mettre sa lettre et cette fois-ci je pense que ce sera fini.

Ma chère Marguerite, si je devais prendre ces réflexions, je pourrais penser que tu es une femme de rien, que tu aurais tous les défauts possibles et inimaginables ; c'est raison plus que je pense que tu ne dois pas mériter cela, et je ne veux plus en entendre parler.

Ma chère Margot, je t'ai envoyé hier mon plastron par la poste, tu m'écriras aussitôt reçu. Je ne vois plus grand'chose à te dire pour le moment ; je pense que ma lettre vous trouvera en bonne santé. Dans l'attente tantôt d'avoir de tes nouvelles, je termine en t'embrassant mille fois de tout mon cœur, ainsi que les deux petites mignonnes.

Ton mari qui t'aime pour la vie.

 

E. Vallet

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