26 juin 1915
Le 26 juin 1915
Ma chère Marguerite,
En réponse à ta lettre du 22, hier en t'écrivant j'ai écrit au maître Léon ; certainement qu'il ne pas se trouver satisfait, tu dois comprendre que je commence à en avoir assez, à chaque fois la même chose, si je devais l'écouter, il voudrait que je te dise que tu es une femme de rien, que je te dise que tu as tous les défauts possibles et imaginables ; tu dois comprendre que c'est loin de ma pensée, et je ne peux plus endurer cela, il fera ce qu'il voudra.
Il voudrait que je lui dise : "tu es le maître, c'est toi qui me remplace, si la patronne te dit quelque chose envoie-la promener !" Je ne veux plus de ça du tout du tout !! Vaut mieux manger son pain sec que d'avoir des ennuis de ce genre. Ma chère Margot, espérons qu'après cette lettre j'aurais de meilleures paroles de cet imbécile. Tu me demandes ce que je fais de tes lettres : je les fais toutes brûler, où veux-tu que je les mette ? Je les conserve huit jours et fais brûler ensuite ; toi tu fais bien de les garder. Ma chère Margot, je termine car il faut partir au travail, je te causerai plus longuement ce soir si j'ai une lettre.
Ton petit mari qui t'embrasse de tout son cœur ainsi que les enfants et qui t'aime pour la vie.
E. Vallet