30 juin 1915
Le 30 juin 1915
Ma chère Marguerite,
Réponse à ta lettre du 26 et celle du 28 reçues toutes les deux aujourd'hui. En effet moi aussi j'attends la réponse de Mr. Léon ; je ne lui dit pas de partir, mais je lui fais comprendre que c'est toi le maître et la maîtresse, alors je voudrais déjà avoir une réponse. Je veux absolument que tu sois libre de faire ce que bon te semble sans en rendre compte à ce monsieur. S'il écoute les boniments des autres, je ne veux pas qu'il se serve de ce prétexte. En effet la femme Albert Germain, c'est une femme de rien, une femme lasse de faire la vie ; tout cela ça signifie rien pour le moment, si tous ces gens-là se trouvaient dans la […..] des armées, qu'ils avaient vu quelques marmites sur le toit de leurs maisons, ils n'auraient pas le temps de s'occuper à faire des boniments : ça leur changerait le caractère. C'est cependant pas le moment de nous faire des boniments, car on commence à en avoir assez comme cela. Ca changera si nous avons le bonheur de revenir. Ma chère Margot, je suis très heureux que tu aies réussi à peu près dans l'envoi de ta bête, tu me dis que tu gagnes ta peau. C'est jamais possible que ta peau soit vendue 90 à 100 f, tu m'aurais dit 50 à 55 f, oui, mais pas 100. D'abord les peaux ne doivent pas se vendre bien cher, je ne comprends pas bien ton gain. Tu comprends peut-être le bénéfice de la viande que tu as gardée. Si celle à Tillon (Fillon ?) est achetée, fais pareil, fais du mieux que tu pourras. Maintenant, j'enverrais plutôt à La Villette qu'aux Halles, principalement pour l'octroi.
Ma chère Margot, je te causerai plus longuement demain, car je ne vois plus ce que je mets.
Je termine en t'embrassant mille fois de tout mon cœur. Ton mari qui t'aime pour la vie.
E. Vallet
A demain.
Embrasse les deux petites Suzanne et Henriette