12 août 1915
Le 12 août 1915,
Ma chère Marguerite,
Je profite l’occasion qu’un camarade de Tours parte en permission pour te faire une lettre sur laquelle je puis te causer plus librement, car maintenant nous ne pouvons plus envoyer de lettres cachetées.
Tu va voir : aussitôt ta lettre faite, il faut la porter au bureau, le capitaine la lit. si elle lui convient pas il la déchire et si elle lui convient il met son cachet et elle part. Alors tu vois, si nous avons des choses personnelles à se dire, nous ne le pouvons pas ou alors tout le monde pourra le voir. C’est vraiment une chose qui ne me plait guère. Personne n’a besoin de savoir ce que nous nous racontons. Aussi ma pauvre enfant, toi tu pourras m’écrire comme par le passé en n’ayant pas peur de me dire tout ce que tu as à me dire. Moi je pourrai faire que lorsque je pourrai trouver une (…)tion de ce genre. A part cela je t’enverrai une lettre ou une carte pour te faire savoir si je suis en bonne santé et ce sera tout. Tu vois comme nous devenons malheureux. Nous n’avons que cela de grand bonheur pour le moment, et nous n’avons plus rien maintenant. Pour toi ça ne change en rien. Tu peux toujours je te le répète faire comme par le passé.
C’est il que nous allons faire un grand changement et que personne en est (…), je ne sais pas mais enfin c’est bien ennuyeux. A part cela la santé n’est pas des plus brillants. Pour le moment j’ai des maux d’estomac et des boutons sur la langue. Mon manger ne veut pas couler. C’est probablement de l’échauffement. Ne te tourmente pas pour cela. Je ne devrais même pas te le dire, mais je préfère te dire tout. Si nous passions dans un pays où il y aurait une pharmacie je pourrais acheter de quoi me faire faire la digestion. C’est trop drôle car depuis deux mois, jamais je m’étais si bien porté. Enfin surtout ne te tourmente pas, j’espère que ça ne sera rien.
Ma chère Margot j’étais si heureux de vous avoir tous que je me suis rendormi si content de se causer là. Mais je m’ennuie beaucoup de savoir que tu te donnes beaucoup trop d’ennuis. Il a fallu que tu sois trop malheureuse pour avoir les cheveux blancs comme tu les as. Je voudrais que tu sois plus heureuse maintenant et espère que nous serons pas si longtemps maintenant sans nous revoir.. Fais-moi le plaisir de ne pas te rendre si malheureuse. Pense que plus tard nous aurons le bonheur plus heureux que nous n’avons été jusqu’à ce jour. Ma chère ne te vieillis pas tant et ne pleure pas comme tu l’as fait, nourris-toi bien comme il faut que je te retrouve beaucoup plus forte et une figure plus heureuse. Ne te fais pas d’idées noires. Tache de vivre plus heureuse et moi j’en serai que plus heureux aussi. Tu sais que nous ne sommes pas en danger. Nos jours de permission c’était des jours très heureux pour nous, et bien il faut en être très très heureux car beaucoup n’irons pas et nous nous aurons eu ce grand bonheur de nous revoir et en bonne santé. Maintenant dans notre formation, il n’y a plus que 4 jours.
Si Massacre y va il aura que 4 jours alors tu vois bien qu’il faut s’estimer très heureux. Il est toujours à l’hôpital. Ne le voyant pas revenir de l’hôpital j’ai donné à son camarade qui mange avec lui. Il l’a défait c’était des prunes et des poires. Tu penses que je voulais pas toucher à son colis.
Ma chère Margot, j’ai oublié d’apporter deux petites serviettes (me sert de mouchoirs pour m’essuyer ) quand tu auras l’occasion de m’envoyer un colis tu m ‘en enverras une ou deux mais ce n’est pas utile de m’envoyer un colis maintenant car nous avons suffisamment ce qu’il nous faut pour huit jours.
Vallière est revenu de permission il en a rapporté pas mal aussi. Et en plus de ça Loubet, celui dont je te dis que s’est en allé chez lui pour enterrer sa femme, est à l’hôpital et le caporal qui mange avec nous aussi. Alors nous sommes que tous les deux pour manger cela, tu vois que nous avons ce qu’il nous faut pour le moment.
J’ai reçu ta lettre du 6 et celle du 8 alors entendu ne te donne pas tant d’ennui pour être plus heureux tous les deux.
Ton mari qui t’aime pour la vie et qui t’embrasse bien fort ainsi que les p’tites Suzanne et Henriette.
E.V. à demain le plaisir de te lire
Embrasse bien tes parents et grand-mère Rousseau.