02 janvier 1916

Publié le par Alain

Dimanche le 2 janvier 1916

 

Ma chère Margot

 

Tu m'excuseras si je ne t'ai pas écrit hier, je ne puis le faire car j'avais trop mal à la tête, et ce soir aussi, mais je ne puis rester deux jours sans t'écrire ; mais aussitôt ta lettre achevée, je monterai me coucher, il ne sera pas 8 heures. Il fait très mauvais temps, il pleut en ce moment tous les jours, et de très grands vents. C'est des temps très malsains, je suis enrhumé et certainement que c'est  cela qui me donne des maux de tête. Ne te tourmente pas, d'abord ça t'avance à rien, et en supplément je ne te le dirais pas tu ne le saurais pas : ça ne sera rien. Je pense que vous êtes en bonne santé tous, j'ai reçu ton poulet aujourd'hui ; l'œuf était cassé et le poulet moisi, enfin j'ai retiré les meilleurs morceaux et nous avons bien mangé tout de même. Surtout moi depuis bien plusieurs jours je ne mange pas très bien, je n'ai pas d'appétit, et en plus je ne trouve rien de bon, et bien je me suis bien régalé tout de même. Nous avons acheté un œuf mais assez cher, 8 sous l'œuf, et j'ai fait une mayonnaise et des meilleurs morceaux nous nous sommes régalés. Ma chère amie tu as eu tort de le recommander, cependant je te l'ai dit bien des fois, si tu ne l'avais pas recommandé je l'aurais reçu le 1er de l'an, et peut-être qu'il n'aurait pas été abîmé, car une nuit et un jour dans les postes ça fait tout de suite une grande affaire pour la conservation de la viande. Enfin nous y avons goûté, il était fort tendre, tu as fait pour le mieux, je te remercie mille fois de tout mon cœur.

Ma chère Margot, je suis bien certain que les deux petites te donnent beaucoup d'ennuis, mais que veux-tu, elles sont bien jeunes pour pouvoir se comprendre l'une l'autre. Ca viendra tout doucement avec l'âge, ça sera comme la fin de la guerre. Enfin je vois avec plaisir que tes ennuis avec ces deux petites se tournent en joie lorsque tu les habilles toutes deux pareilles, alors là tu es heureuse de joie.

Tu as du recevoir ma lettre dans laquelle j'ai mis celle de mes parents et d'Adolphine. Je t'ai également envoyé celle de ce fameux Léon ; je voulais lui écrire, mais il attendra encore, car je suis trop fatigué, et c'est surtout la tête qui me fait grand mal.

Ma chère petite Margot, j'espère que demain j'aurai deux lettres, en attendant demain avec impatience je termine en t'embrassant mille fois de tout mon cœur, ainsi que petite Suzanne et Henriette.

Ton petit mari qui t'aime pour la vie.

E. Vallet

 

Embrasse bien tes parents et grand'mère Rousseau.

Au revoir et mille autres bons baisers. A demain.

C'est très malheureux pour la famille Dumoulin, mais certainement qu'ils n'ont pas du se trouver surpris, car depuis le temps, plus d'un an ; mais ça m'avait été dit tout de suite qu'il était mort au moment de la retraite. J'avais même du te le dire. Que veux-tu c'est la vie d'aujourd'hui ! nous causerons demain, au revoir, je monte me coucher.

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