19 janvier 1916
Mercredi 19 janvier 1916
Ma chère Margot
Nous sommes changés, de cantonnement et de pays, nous sommes à Oneux dans la Somme ; mais écoute nous avons pas trouvé un joli cantonnement, nous avons juste une écurie que certainement les bœufs en auraient crevé, enfin que veux-tu, nous avons parfois trouvé des cantonnements de ce genre. J'ai réussi tout de même à trouver un (…) à cochon dans laquelle nous avons pu nous reposer moi et mon caporal. Aujourd'hui je me suis débrouillé à trouver un peu mieux, nous avons trouvé une maison non habitée que nous avons nettoyée de fond en comble et je crois que nous serons pas mal. A part cela je suis en très bonne santé et je pense que ma lettre vous trouvera tous de même. Alors tu vois, tes lettres à la nouvelle adresse viennent très bien, j'en avais une d'avant-hier du 11 et hier du 16. Elle a mis simplement deux jours. Aujourd'hui rien, mais j'espère demain j'en aurai deux. Comme je t'ai déjà dit, j'ai reçu le colis contenant les œufs et le beurre mais l'autre n'est pas arrivé. Comme je t'ai dit sur ma carte j'ai reçu les 5 francs dans ta lettre ; pour le moment c'est encore le plus pratique pour que l'on puisse avoir d'argent car les 10 f que tu as envoyés à Auchel, ils sont touchés mais je n'ai encore rien reçu, en tout cas ils ne seront pas perdus, je les aurais toujours mais je ne sais quand. Heureusement que tu m'as envoyé les 5 f et que l'oncle Vincent m'en a envoyé 5 autres, sans quoi j'aurais été malheureux. Enfin ça va mieux que je ne pensais. Je suis très heureux que tu aies reçu mes lettres; en effet nous sommes partis du 8 et ce n'est pas très drôle que M. et Mme Courquin ne t'aient donné aucun détail.
Tu n'as certainement pas compris car je t'ai déjà donné à comprendre que nous sommes partis, car au lieu de ravitailler tout le 9è Corps, nous en ravitaillons une partie, alors le 9è C. est dissous, c'est-à-dire une division d'un côté et une autre de l'autre côté : alors il en est de même pour nous. Tu dois comprendre, je n'ai pas besoin de te donner autre détail. Je n'ai rien reçu de chez moi en réponse à ma lettre du Nouvel An, enfin ça ne me tourmente pas. Pour Henri, j'avais reçu une carte comme je te l'avais dit, et c'était plutôt à moi de lui écrire, mais je le ferai quand je pourrai. Le principal qui est donc toi, je le fais pas je veux. Alors ne me tourmente pas pour les autres. Ca ne me surprend pas qu'Albert Germain soit allé déjeuner avec Morin pour la Veuve Cervais (?). Ca ne m'étonne pas. Que veux-tu, chacun sait bien ce qu'il a à faire, son mari ne pouvait plus rien lui fourrer, alors si elle avait besoin son commis le remplaçait ; à son commis ça lui fait du bien et elle pas de mal.
Ma chère Margot je ne vois plus guère grand chose à te dire, je pense avoir de tes nouvelles demain. En attendant avec impatience, je termine en t'embrassant mille fois de tout mon cœur.
Ton mari qui t'aime pour la vie.
E. Vallet
Embrasse bien des fois petite Suzanne et Henriette et tes parents qui je pense sont en bonne santé. Je m'en vais me coucher sur la paille mais je pense que je serai mieux qu'hier.
Encore mille bons baisers
Au revoir et à demain