20 janvier 1916 bis
Jeudi le 20 janvier 1916
Ma chère Marguerite
Je viens de recevoir une lettre de toi du 13 janvier qui n'était pas très (…) pour moi mais j'espère que tu as reçu depuis. Je suis en très bonne santé et j'espère que vous êtes tous de même? Ne te tourmente pas pour moi, nous sommes pas trop mal. Nous avons arrivé à trouver ce qu'il nous fallait à peu près. Quand tu seras trois jours sans recevoir ne te tourmente pas comme cela, car ça t'avance à rien et moi ça ne veut pas dire que j'en suis plus malheureux pour ça. Alors quand je suis 3 ou 4 jours sans t'écrire c'est que je ne peux le faire ou alors de peur que tes lettres te parviennent pas ; mais écoute ça : te fais pas des idées noires comme cela, surtout que tu as besoin de ta santé toit aussi, surtout que je me représente bien ce qui se passe là-bas. Si j'étais malade je trouverais bien le moyen de te le faire savoir. Ecoute je commence à avoir le corps fait à tout comme tous les camarades, depuis le temps. S'il nous fallait coucher dehors on y coucherait et on en mourrait pas pour cela. Alors je te le répète ne te tourmente pas pour cela. J'ai reçu en même temps que ta lettre une lettre de M. et Mme Courquin. Je t'affirme que c'était des gens très gentils pour moi, maintenant ils m'ont bien dit qu'ils n'ont pas voulu t'apprendre mon départ, que je te l'apprendrai moi-même. Je te mettrai la lettre car je leur ferai réponse ces jours-ci. J'avais touché un pantalon qui m'était dix fois trop grand, alors j'ai du le donner à un tailleur pour me l'arranger, un tailleur qui m'avait renseigné, alors je suis parti la pantalon n'était pas prêt. Alors je leur ai écrit en leur disant qu'ils paient ce qu'il y avait à payer, et qu'ils me le fassent savoir, que je leur renverrai l'argent, alors tu verras ce qu'ils m'ont répondu. En un mot, ils étaient très gentils pour moi. Quand je suis allé en permission, ils se tourmentaient beaucoup pour savoir si j'allais revenir.
Ma chère Margot je ne vois rien autre chose aujourd'hui à te dire. J'espère que j'aurai d'autres nouvelles demain. En attendant l'arrivée je termine en t'embrassant mille fois de tout mon cœur ainsi que les enfants.
Ton petit mari qui t'aime pour la vie.