30 janvier 1916
Le 30 janvier 1916
Ma chère Margot
Je viens de recevoir une lettre du 19, peut-être que tu t'es trompée tu as voulu mettre 29, et en même temps j'ai reçu le colis resté à Auchel ; voilà bientôt un mois qu'il est parti, enfin je crois qu'il ne va pas être perdu. Le saucisson bien moisi, mais j'espère que nous en tirerons parti tout de même. Quant au beurre, nous nous en servirons pour faire cuire quelque chose. Il vaut quand même mieux l'avoir qu'il soit complètement perdu. C'est bien embêtant que tu aies toujours des maux de tête comme cela, certainement que ça vient de la fatigue.
Ma chère Marguerite, la nuit dernière je ne pouvais dormir, j'étais dévoré, je me demandais ce que c'était, alors il était 2h du matin, j'allume la bougie, je me déshabille, j'ai trouvé une puce, et peut-être 25 à 30 poux. Je me demande où j'ai pu récolter cela, je te jure que je suis malheureux, et nous devons partir demain. Je ne puis faire laver mon linge, je suis obligé de vivre avec cela jusqu'à quand !….
C'est un grand malheur pour moi. Je me dégoûte de moi-même et cependant j'ai du linge propre sur moi. Quand elle finira cette vie-là. Crois-tu que je ne suis pas malheureux avec cela et ne pas être dans un endroit pour pouvoir se nettoyer convenablement. Espérons que je m'en débarrasserai quand même et au plus vite.
Ma chère Margot, je n'ai plus guère d'argent, aussitôt que tu pourras, tu m'en enverras.
Ma chère Margot j'espère avoir des nouvelles aujourd'hui, je te tiendrai au courant de mes habitants. Je termine en t'embrassant mille fois de tout mon cœur ainsi que les enfants.
Ton mari qui t'aime pour la vie.
E. Vallet
Embrasse tes parents