19 novembre 1914

Publié le par Alain

Poperinge le 19 novembre 1914

Ma chère Marguerite
 

Je fais réponse à tes deux lettres celle datée du 12 reçue le 17 celle datée du 13 reçue le 18, j’ai été très heureux surtout de la dernière, sur laquelle tu me racontes tout ce que tu fais et de causer très longuement avec moi.

J’ai été encore plus heureux de vous savoir tous en parfaite santé.

Quant à moi ça ne va pas de ces mieux pour le moment, je ne voulais pas te le dire, mais il vaut mieux tout se raconter, j’ai pris froid je ne sais où,  j’ai un peu mal à la gorge et je tousse assez, cependant je prends des précautions, il ne faut pas te tourmenter, peut être que ce ne sera rien, je ne suis pas le seul.

Nous avons changé de cantonnement depuis 6 jours, toujours chez le même propriétaire, mais ce n’est pas le même cantonnement. Nous sommes chez un marchand de chiffons en gros, il y a deux grands hangars, le 1er où nous étions, avant il mettait de la paille dedans et nous sommes des chiffons, le 1er était plafonné, nous étions très bien mais nous en avons fait l’abattoir, par suite du mauvais temps nous ne pouvions pas tuer dans les champs, nous sommes bien pour tuer mais en revanche, nous ne sommes pas de même où nous couchons, il n’y a pas de plafond et lorsqu’il pleut ou maintenant qu’il commence à tomber de la neige, ça nous tombe sur la figure, il n’y fait certainement pas chaud, malgré cela je me suis construit une espèce de petite cabane, avec des sacs de chiffons et une grande tôle que j’ai trouvée et je suis fourré la dedans avec mon caporal nous avons assez de paille et chacun  2 couvertures, nous sommes bien couverts et le matin je n’ai vraiment pas chaud quand même je me lève bien plus tôt que je voudrais rapport à cela.

J’aurais bien voulu recevoir mon gilet de laine, car en ce moment si il m’aurai rendu grand service, peut être que je le recevrai, si tu peux m’envoyer envoie le, il me rendrai autant service, mes bandes ce n’est pas utile, n’oublie pas de me mettre plusieurs papiers à cigarettes en même temps car il coûte fort cher ici, pour un passe montagne ça serait utile aussi, j’en ai parlé chez nous et j’ai reçu une lettre il ne m’en parle pas, mets moi plutôt un cache-col qu’un cachemire. Il ne faut pas que tu te tourmentes pour ce que je te dis ci-dessus. Ma pauvre enfant, je pense que tout l’hiver va se passer et que la guerre sera peut être pas finie, d’après tout ce qu’il se dit, espérons tout de même que ça ne sera pas si long, nous commençons à trouver sérieusement le temps bien long, ce matin nous étions à tuer des moutons, j’ai eu la visite de Mr Moreau Vétérinaire de Pontoire et d’un gendarme de Bléré ça m’a fait grand plaisir. Robin est toujours ici, nous avons mangé ensemble hier soir, aujourd’hui il est parti au ravitaillement de son régiment, nous avons envoyé une carte ensemble l’as-tu reçue, je lui ai dit que Suzanne lui envoyait le bonjour il était très heureux, nous lui enverrons une carte ensemble, il me prie de vous donner le bonjour à tous, je t’assure qu’il est en bonne santé. Tu me demandes si nous sommes loin de l’ennemi, nous entendons les canons comme si nous y étions mais nous en sommes à (…) environ, ils tirent sans cesse jour et nuit, le jour qu’on l’entend pas on trouve le temps encore beaucoup plus long, nous voyons de temps en temps  tirer (…) de canons sur des aéroplanes lourds, ils en tiraient un qui passait au dessus de nous, nous aurions bien voulu le voir descendre mais ils ne l’ont pas attrapé.

J’ai bien reçu les 10f mais comme je t’ai déjà dit, je devais 1f à mon caporal, il serait assez nécessaire que si tu veut le faire m’en envoyer d’autre, forcément je suis obligé de dépenser un peu plus que mon ordinaire depuis qu’il y a Robin, je ne peux pas les laisser payer toujours et malgré que je porte la viande nous sommes pas sans dépenser.

Ma chère Marguerite je vois avec plaisir que tu fais des économies et que tu gagnes de l’argent, c’est très bien que tu fasses tes comptes c’est le principal c’est ce que l’on aurait du toujours faire, il faut que tu continues toujours à prendre le bœuf chez Ferdinand même qu’il fasse froid si tu as des bêtes tu lui en feras part, il viendra les acheter et te donnera la commission si les veaux sont trop chers, il serait aussi préférable si on n’est pas forcés d’en prendre chez Ferdinand il te coûterons toujours moins cher, mais tu ne peux guère faire cela. Enfin je suis très heureux de voir que tu as une très bonne organisation. Maintenant pour la (b)ête de Truyes c’est certainement (…) et Morin, qui lui ont monté le coup parce que cette bonne femme me paraissait très bonne femme aussi si j’ai le bonheur de revenir, je te garantis que lui en ferai de la misère à Morin à mon tour, cette bête t’a causé beaucoup d’ennuis, heureusement qu’elle ne coûtait pas cher la livre si tu te rappelles, mais on ne pensait pas qu’elle te donnerait tant d’ennui que ça. Pour le cheval as-tu pris l’avoine que j’ai chez Marcelle, (…) me devait peut-être un décalitre, il ne faut pas lui demander. Ca ne vaut pas la peine, du foin tu pourrais en demander à Mr Foucher à Nitray, j’ai reçu une lettre de lui, j’ai écrit au chauffeur, mais je connaissais pas son nom, je ne me rappelle plus, je pense qu’elles lui sont parvenues tout de même. Pour les peaux après la guerre elles seront vendues fort cher, c’est plus tôt que l’on a besoin de son argent. Mais si toute fois, il t’en fallait absolument, Mr Oget t’en donnerait peut-être. J’ai reçu une lettre de Léon qui est partie de Chenonceau le 9 novembre. Il était chez lui, il me le dit dans l’entête de sa lettre il m’écrit mon cher patron, il me parle que Mr Morin lui fait la tête il me dit qu’il pensait que tu allais fermer et qu’il resterait seul. Cà je pense bien, que çà doit être leur pensée. Il me dit qu’il a acheté un veau chez Benoit 64f et qu’il valait jusqu’à 70f à (…) et que tu l’avais attrapé parce qu’il t’en avait pas parlé, il me dit qu’il ne peut pas penser à tout, et que si la semaine prochaine il y en avait pas eu on m’aurait dit «  Oh on n’a pas pu trouver un veau cette semaine et etc etc toujours les même boniments. Il me dit que Duchêne avait acheté la vache à Pierre Violeau et celle de la mère Robineau Violeau 500 et mère Robineau 420 je pense qu’il te donne une commission la dessus, à chaque fois qu’il me mets une enveloppe et une ficelle de papier pour lui répondre, je pense bien que tu nullement besoin de lui faire voir tes lettres, il faudrait plus que ça aussi, pour éviter des malices, tu peux les lire en cachette. Tu ne me diras pas que je te cause pas longuement, cette fois ci je t’écris dans ma niche sur une planche que j’ai barré de travers. Il faut que je termine bien vite car il faut aller tuer des vaches maintenant je ne sais combien.

Ma chère Marguerite je pense que ma lettre te trouvera en parfaite santé ainsi que les enfants et tes parents. Ma chère enfant je termine en t’embrassant mille fois de tout mon cœur, ton mari qui t’aime pour la vie.

 
E. Vallet
 

A bientôt le plaisir de te lire. Mille bons baisers et ne te tourmente pas, ma santé sera peut être meilleure à ta prochaine lettre.

Embrasse bien fort et bien des fois les petites Suzanne et Henriette de ma part ainsi que tes parents.
Donne leur le bonjour de la part de Robin, il m’a dit qu’il leur avait écrit et qu’il n’avait reçu de réponse.

Au revoir ma chère Marguerite et très bonne santé
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Publié dans blogduboucher

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