11 décembre 1914
11 décembre 1914
Ma chère Marguerite
Nous sommes quittés Poperinge hier 10h à notre regret nous sommes entre Ypres et Poperinge à 4km de Ypres, nous sommes en pleine campagne il y a simplement 2 fermes, elles sont occupées par de l’artillerie nous y sommes d’hier soir et nous pensions coucher dans les champs mais c’était au petit bonheur mais je me suis débrouillé à trouver un petit coin pour coucher et ma foi je me plains pas, j’avais de la paille et avec mes deux couvertures je n’ai pas eu trop froid. Mais écoute nous sommes dans la boue jusqu’au genou, les officiers comme nous ont couché dans la cuisine de la ferme et sur la paille. Je ne sais pas si nous abattrons aujourd’hui, mais comme abattoir c’est les champs, cela nous tourmente pas, nous commençons à y être habitués, nous trouvons cela tout naturel. Naturellement ce n’est pas une belle vie. Peut-être que nous serons récompensés plus tard. Ma pauvre enfant espérons le, ce que je demande ça serait de revenir parmi toi, et tout notre famille.
Ma chère Marguerite en ce moment-ci je suis en bonne santé si j’ai le bonheur d’y rester c’est le principal. Ma chère Marguerite je te remercie mille fois du petit colis que tu m’as envoyé, les petits rillons excellents et les rillettes aussi, je vois que tu aurais été heureuse de me faire goûter aux raisins mais malheureusement il est arrivé pourri, enfin j’ai eu le bonheur d’en trouver deux grains qui étaient excellents, qui ont fait autant de plaisir que d’avoir toute la grappe entière, ma pauvre marguerite, je te remercie mille fois de ton bon cœur, j’oubliai de te dire que j’ai reçu la flanelle aussi. Je trouve le temps absolument trop long, je n’ai pas eu de lettre de toi depuis le 7. Je t’écris au pied d’un arbre. J’ai écrit à Léon avant-hier, il me (…) qu’il allait s’en aller parce que mon beau-père l’a attrapé au sujet qu’il allait faire crever la jument. Je me suis arrangé à le radoucir.
Ma chère Marguerite quand tu m’enverra soit colis soit lettre il faudra mettre en supplément de l’adresse secteur postal 64. De cette façon s’arrivera beaucoup plus vite quand tu envoies un colis il ne faut pas le recommander si c’est une lettre non plus. Ils viennent tout aussi bien.
Ma chère Marguerite, je termine car la terre étant humide je commence à ne pas avoir trop chaud au derrière. Ton petit mari qui t’aime et qui t’embrasse mille fois de tout son cœur, ainsi que petite Suzanne et Henriette. Je suis heureux de vous avoir tous avec moi pour vous (…) souvent.
Je t’embrasse encore
E. Vallet
Embrasse bien fort aussi tes parents de ma part ainsi que grand-mère j’oubliai de te dire que j’ai écrit au père (…) je te mets donc une copie
A bientôt de tes nouvelles