07 juin 1915

Publié le par Alain

Le 7 juin 1915, partira le 8

 

Ma chère Marguerite,

 

Moi aussi j'ai des nouvelles fraîches, car elles ne mettent plus que 3 jours à venir tes lettres. Je vois avec plaisir que tu reçois les miennes, alors tu dois en recevoir une tous les jours. Je suis heureux de vous savoir en bonne santé ; pour moi il y a 2 ou 3 jours que j'ai de la fatigue, peut-être un petit coup de froid que j'ai du attraper dans les wagons frigorifiques. J'espère que ce ne sera rien que l'effet de quelques jours, ne te tourmente pas à ce sujet. J'ai reçu en même temps que ta lettre une fameuse lettre de Monsieur Léon qui me fait rudement plaisir. Ce que je suis soul de tout cela ! J'ai assez d'ennui comme cela, je l'affirme, eh bien il faut autre chose, je crois que je serais plus heureux dans les tranchées ! Quel malheureux gars celui qui m'aura donné des ennuis, je pourrai m'en rappeler ! Tu crois que l'on peut avoir du courage, avec tous ces tourments-là, surtout étant plus ou moins bien disposé !

Je m'en vais t'envoyer sa lettre, tu vas voir si ça peut me faire plaisir. Je ne veux plus parler de ce citoyen-là !

Ma chère Marguerite, aussitôt ce colis reçu, tu auras une réponse tout de suite. Embrasse bien fort et bien des fois cette pauvre petite Suzanne qui est si bonne commissionnaire et si grande et qu'elle a été si heureuse chercher du tabac à son petit Papa qui l'aime tant, ainsi que petite sœur Henriette. Quand est-ce que je pourrai les embrasser moi-même ? Il faut encore pas penser à cela.

 Je suis content d'avoir l'adresse à Devergne, je lui écrirai peut-être demain ; tu as bien fait de lui parler de rien, je m'en arrangerai. Certainement qu'il est plus heureux que nous ; il a eu une veine inouïe d'être rester à Tours. J'avais l'adresse de Robin, il m'a écrit et je lui ai fait réponse aussitôt.

Je pense que tu fais bien de ne pas prendre Mademoiselle Julienne, si ça se passe en ce genre, tu vas voir ce qu'il me met, je n'ai pas besoin de te le dire, aussitôt ma lettre finie je lui ferai réponse.

Ma chère Marguerite, en attendant demain le plaisir de te lire, je termine en t'embrassant de tout mon cœur ainsi que ces deux petites mignonnes et tes parents.

Ton mari qui t'aime pour la vie.

E. Vallet

 

Ma chère Marguerite tu tâcheras de voir la lettre que je lui envoie, il va la recevoir en même temps que toi. Ecoute, je ne suis pas très heureux, ce n'est pas une existence pour moi;

Je t'embrasse très fort, et je voudrais être rendu à demain pour avoir d'autres nouvelles.

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