16 juin 1915
Le 16 en partance le 17 juin 1915
Ma chère Margot,
Aussitôt rendu je reçois ta lettre du 13 : très content de vous savoir en bonne santé. Moi ça va bien pour le moment aussi ; je n'ai eu qu'une petite indisposition qui ne m'a duré que quelques jours. Ne te tourmente pas du tout à ce sujet, la santé est à l'heure actuelle des meilleures. Je voudrais que ça continue jusqu'à la fin de la campagne. C'est bien embêtant que les lettres prennent du retard comme cela. De toi la dernière lettre que j'ai reçue elle était datée du 11, c'était la lettre qui contenait le mandat de 10 francs ; comme je l'ai dit que j'ai bien reçu. Alors du 11 ça saute au 13 ; hier je n'ai rien reçu : tu dois voir si c'est régulier ! Moi non plus je n'ai pas écrit hier n'ayant pas de lettre. Tu me dis que le maître Léon n'est pas content de la lettre que je lui ai envoyée, il me semble cependant que ça devrait être contraire car je ne lui ai rien dit de mal sur son compte, cependant c'est contre ma pensée, mais puisque c'est comme cela qu'il faut agir envers lui, et encore il n'est pas content. Je lui ai dit qu'il avait comme maître sa patronne, et qu'il n'avait que toi à écouter, et que pour le métier que je le savais capable de me remplacer ; avec cela il devrait au contraire être satisfait ! Oui naturellement il voudrait faire à son gré, il aurait voulu que je lui dise : si tu vois que la patronne te dit de faire quelque chose et que c'est à ton avis pas favorable, de l'envoyer promener ! Il aurait peut-être voulu cela : il se trompe rudement, il ne faut pas qu'il compte là-dessus, parce que ça ne réussira pas du tout! C'est loin de ma pensée !
Il serait grand temps que ça finisse bien vite, car ça va venir irrésistible. Je verrai dans sa lettre ce qu'il me dira, certainement qu'il cause comme un gamin qu'il est, mais c'est bien malheureux de subir des insultes et des ennuis d'un oiseau pareil. Espérons que plus tard il s'en mordra les ongles, mais en attendant nous y aurons passé. Parlons d'autre chose, ma chère Margot, je croyais que tu étais de force à aller à bicyclette comme moi, en effet sur les 8h1/2 à 9h1/2 le soir maintenant tu peux apprendre, il faudrait que tu montes une heure tous les soirs, surtout fais bien attention à ne pas te fiche à bas, et ne pas amasser chaud pour prendre froid après ; il ne faut pas que tu sois 8 ou quinze jours sans en faire ou alors tu n'apprendras jamais.
Ma chère Margot, en attendant le jour de nous revoir que je ne sais pas quand, ni toi non plus, il viendra espérons bientôt, et attendant le plaisir de te lire demain, je termine ma lettre en t'embrassant mille fois de tout mon cœur ainsi que les enfants.
Ton mari qui t'aime pour la vie.
E. Vallet
Embrasse bien tes parents pour moi ainsi que la grand'mère Rousseau.
Je ne sais si tu as reçu ma lettre dans laquelle je te disais de lui dire qu'elle me fasse une paire de bandes, par la même occasion tu pourrais me mettre quelques paquets de tabac, car nous n'en trouvons pas à acheter.
Au revoir et très bonne santé