18 juin 1915

Publié le par Alain

Le 18 juin 1915

 

Ma chère Margot,

 

Je suis bien contrarié que tu ne reçoives pas mes lettres mieux que cela. Je t'écris cependant presque tous les jours sur 7 jours dans la semaine ; je ne suis pas deux jours sans t'écrire. Moi je reçois bien toutes celles que tu m'envoies : je fais réponse à ta lettre du 14. Elles mettent trois jours à me parvenir. Je voudrais que les miennes soient aussi régulières. J'espère que maintenant tu dois avoir des nouvelles plus fraîches que celles du 7 ; tu dois voir ce que tu as à recevoir, nous sommes le 18 et je t'écris tous les jours. Tu n'as pas reçu depuis le 7, tu as au moins une douzaine de lettres à recevoir.

Je suis heureux de vous savoir en bonne santé ; moi ça va très bien aussi.

Comme tu dis les jeunes gens se montent le coup les uns aux autres, maintenant ça ne m'étonne pas des gens de la Lottière d'avoir soutiré le garçon  à Innequin (???) : ils ne sont vraiment guère intelligents. Ce garçon la fera bien décider ce fameux Léon à bien aller travailler dans les champs pour gagner 100 francs par mois ; aussi ça ne durerait pas longtemps, car il ne serait pas assez courageux pour faire le travail. Je m'attends tous les jours à une chose de ce genre. Tu me dis qu'il fait tout ce qu'il peut pour faire mettre Madame Gallichet à la porte de chez toi. Il me semble que Mme Gallichet est assez âgée pour ne pas s'occuper des boniments que peut lui dire Léon ; en plus de cela, une femme qu'il n'est pas facile de remplacer, elle est active dans son travail, et très propre, et voulant bien faire tout ce que l'on veut. Tu leur donneras bien le bonjour de ma part, ainsi qu'à sa belle-fille à Albert lorsqu'ils auront l'occasion de lui écrire.

Comme je t'ai déjà dit plusieurs fois, j'ai reçu le mandat et les deux colis que tu m'as envoyés. Hier, j'ai reçu une lettre de Rabin, je ne sais pas où il est, il est probablement pas très loin de nous, mais je ne sais ou il ne me dit pas, surtout qu'il ne faut plus rien dire du tout, c'est expressément défendu : il y en a qui disent où ils sont ou ce qui se passe, et ce peut être la cause si on conserve les lettres. Il ne vaut mieux rien dire à ce sujet. Le principal c'est d'être en bonne santé : c'est la principale des choses.

J'ai reçu en même temps que ta lettre une lettre de Léon plutôt bête, je te la mettrai dans ma lettre de demain. Les amours avec Mademoiselle Martin ne dureront peut-être pas longtemps, ils seront bientôt fâchés.

Ma chère Margot, rien autre chose à te dire pour le moment. Je termine en t'embrassant mille fois de tout mon cœur ainsi que les enfants.

 

Ton mari qui t'aime pour la vie

E.Vallet

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