21 juin 1915
Le 21 juin 1915
Ma chère Margot
Je reçois avec plaisir tous les jours, et je fais réponse tous les jours, par conséquent tu dois recevoir tous les jours aussi. Je fais réponse à ta lettre du 17, reçue aujourd'hui. Je suis en bonne santé et je suis heureux de vous savoir de même. La lettre du 16 va peut-être te faire rire, du moins je le pense. Je t'ai fait savoir hier que j'ai reçu le colis contenant une boîte de petits pois, deux artichauts, un papier à cigarette et un bâton de chocolat aussitôt reçu. Probablement demain le colis contenant le savon et le fromage. Je te le ferai savoir aussitôt comme par le passé. Maintenant je te réclamerai à ce que tu m'envoies du papier à lettre, et principalement des enveloppes, car c'est très difficile à trouver ici, lorsque tu auras l'occasion d'envoyer quelque chose. Je n'ai pas écrit à Devergne, je tâcherai de lui écrire demain, je te dirai, sois sûre, ce qu'il me racontera aussitôt sa réponse.
Hier comme par hasard j'ai rencontré un ancien apprenti de l'oncle Vincent ; il se nomme Crépin, il m'a dit qu'il conservait de très bons souvenirs de lui et de la maison. Il conduit 2 chevaux au parc de l'ambulance 3. Voilà 15 jours qu'il est avec nous; je ne le connaissais pas, c'est par l'intermédiaire de Tillon de Maulin [(du moulin ?)] qui le connaît très bien. Il m'a dit qu'il avait été plusieurs chez mon beau-frère et qu'il te connaissait très bien. Il n'est pas bien malheureux, mais il est comme moi il voudrait bien que ce soit fini.
Si j'ai l'occasion ces jours-ci d'écrire à l'oncle Vincent, je leur en ferai part, ça leur fera probablement plaisir. Ma chère Margot, tu me dis de ne pas faire attention à ton écriture, ce n'est pas tourmentant si tu voyais mes installations pour t'écrire …je suis assis sur ma couverture sous ma tente et je t'écris sur mes genoux. Il ne faut pas faire attention à tout cela le principal c'est d'avoir des nouvelles.
Ma chère Marguerite en attendant demain le plaisir de te lire, je termine en t'embrassant mille fois de tout mon cœur ainsi que les enfants.
Ton petit mari qui t'aime pour la vie.
E. Vallet
Embrasse bien tes parents et grand'mère Rousseau.
Au revoir et bonne santé.
Vivement le plaisir de s'embrasser de vive voix, ça sera plus touchant que par écrit.