27 juin 1915

Publié le par Alain

Le 27 juin 1915

 

Ma chère Marguerite,

 

Je viens de recevoir ta lettre du 23, et je m'empresse de t'y faire réponse. Très content de vous savoir en bonne santé, moi la santé est des meilleures aussi et je souhaite que cette lettre vous trouve tous de même. Tu mes dis qu'à Athée vous avez de l'eau, et du temps orageux. Il en est de même ici. Tu me dis de m'envoyer une couverture : je ne veux pas de cela, j'en ai une, je n'en ai pas besoin de deux. Si j'en avais besoin je te le demanderai, mais surtout ne pas l'envoyer, car je ne puis pas m'embarrasser de cela, et certainement qu'elle serait perdue.

Nous nous arrangeons, ne te tourmente pas pour cela. Tu vois comme on est heureux : il y a un camarade qui est parti en permission, celui qui est sur la photo avec moi, il est de Monnaie, sur la photo il est debout et derrière moi. Il a deux enfants, sa femme était malade quand il est parti, et un petit, aujourd'hui elle est peut-être morte ; il est parti hier soir pour 4 jours, tu vois comme c'est gai. Ce n'est pas à souhaiter des permissions de ce genre. Il y en a qui passent de drôles d'existences, tu vois. Ma chère Margot; quand j'irai en permission, j'espère y aller en bonne santé et vous trouver tous en bonne santé aussi et jamais revenir : alors ce jour sera la fin de la guerre. Quand, dans 2 mois, dans 2 ans peut-être ? Nous n'y connaissons plus rien. Espérons plutôt car ça serait trop dur si ça durait 2 ans et même un an encore. Nous sommes toujours ensemble avec Massacre, Tillon, Lebreton. Voilà quelques jours j'ai vu le fils à la veuve Commençais (?) de Grandlay, qui est au 66è, et plusieurs clients de Cigogné et Courçay. J'avais vu aussi un appelé Tillon, un cousin de Tillon de Moulin, qui reste à la Barie (?). Je l'avais vu comme nous étions en Belgique, je ne sais si je te l'avais dit, il a été marié peut-être un an avant la guerre, il avait peut-être 35 à 38 ans ; alors je l'avais vu à Ipres, et nous avions pris un verre ensemble et plusieurs autres camarades. Alors je voyais qu'il n'avait pas beaucoup de courage, et sûrement il n'était pas bon à grand-chose, car il n'avait pas beaucoup de sang, alors je lui disais après m'avoir fait ses boniments, je lui disais comme cela :" penses-tu qu'une marmite peut te tuer ! J’en ai pas peur, elle tomberait sur toi elle ne te ferait rien du tout !" Je lui disais comme cela, malgré cela je ne souhaitais pas que ça lui arrive, tu dois le penser; deux jours après il lui en est tombé une, qui l'a tué. Que veux-tu c'est pour moi une destinée, et celui qui s'y trouve il faut beaucoup de courage et d'énergie. C'est des choses que …..[fin de la lettre, feuillet manquant]

Publicité

Publié dans blogduboucher

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article