28 juin 1915
Faite le 27, départ le 28 juin 1915
Ma chère Margot,
Je fais réponse à ta lettre du 24 reçue à l'instant, toi tu ne reçois pas si régulièrement que moi, avec celle-ci tu as 9 lettres à recevoir puisque je t'écris tous les jours, il n'y a pas d'erreur. La santé est toujours bonne aussi. J'ai écrit à Devergne, aussitôt la réponse je te dirai ce qu'il m'a dit. Aussitôt ton mandat reçu, je te le ferai savoir. Ma chère Marguerite tu me dis que tu as acheté une vache du château de la Chesnaye ; tu as bien fait, surtout si elle bien achetée, tu fais bien de la tuer, tu garderas ce qu'il te faut, le reste tu l'enverras à Paris ; le principal c'est d'envoyer le plus de derrière possible. Maintenant tu n'auras certainement pas penser, car tu aurais pu envoyer à Bartélémy à la Criée des abattoirs de La Villette, ç'aurait été vendu aussi cher qu'aux Halles, et il n'y aurait pas de frais d'octroi, ce qui fait certainement un sou par livre de différence. Tu me diras la finition de ton achat. J'espère qu'en ce moment-ci ça ne peut pas perdre ; tu me diras à qui tu l'as envoyée? Je pense que Monsieur Léon va changer de principe. Je voudrais avoir une réponse à ma lettre que je lui ai envoyée. Je pense que nous allons changer ces jours-ci, probablement demain, nous n'irons qu'à quelques kilomètres d'où nous sommes. Il ne faut pas que ça t'empêche d'écrire comme par le passé, d'autant plus que c'est toujours le même secteur.
Ma chère Margot, voilà bientôt une année de passée, j'ai grand peur que l'on commence la deuxième et que l'on y reste jusqu'à la fin. Je ne trouve pas que ça va bien vite. Ce matin j'ai monsieur Jean de Fontenaille : il n'a pas l'air de dire que ça finira tout de suite lui aussi. Lui a peut-être intérêt à ce que ça dure longtemps, tout d'abord il ne se fatigue pas beaucoup et en plus de cela il a peut-être de l'argent qui lui rapporte 10 fois plus qu'en temps de paix. Mais moi et beaucoup d'autres nous ne sommes pas comme lui. Nous commençons à trouver le temps rudement long.
Ma chère Marguerite, plus guère grand-chose à te dire pour aujourd'hui. Je termine en t'embrassant mille fois de tout mon cœur, ainsi que les petites filles. Ton mari qui t'aime pour la vie.
E. Vallet
Tu n'as pas eu d'autres nouvelles du bonhomme pour la motocyclette? Tu ne m'en parles pas.
Embrasse bien tes parents pour moi, et grand-mère Rousseau? J'ai toujours du très mauvais temps, de l'orage et de l'eau, c'est ennuyeux, surtout pour les récoltes.