19 octobre 1914

Publié le par Alain

Juvigny le 19 octobre 1914

 

Ma chère Marguerite

 

Je fais réponse à tes trois lettres que j’ai reçues hier 18 octobre et qui m’ont fait beaucoup de peine. Je te le jure, je me vois plus guère heureux maintenant pendant la durée de la campagne. Ecoute si nous avions pas d’enfants je te dirai quoi faire.

Je me représente très bien ce qui se passe avec cette sale bête de Léon, il profite de cette occasion là ainsi que beaucoup d’autres.

Moi que veux tu que je fasse rien, que me représenter tout cela.

Maintenant je préfère que tu me racontes tout ce qui se passe de cette façon nous pouvons partager les peines que tu peux avoir.

Nous aurons peut être le plaisir d’être plus heureux plus tard du moins espérons le , car écoute si cela dure toujours il vaudrait mieux se mettre une corde au cou et se jeter à l’eau que veux tu nous sommes nés sur une mauvaise étoile.

J’ai commencé cette lettre à Juvigny et je n’ai pu la continuer, le départ me l’a empêché.

Nous sommes partis depuis trois jours de Juvigny, nous avons fait 420k en autobus. Nous sommes cantonnés à Hazebrouck dans le département du Nord, nous sommes cantonnés dans une grande maison bourgeoise, nous couchons dans une belle chambre mais sur la paille toujours, enfin ça fait rien, nous sommes aussi bien que dans les granges, moi j’ai 2 couvertures une que nous avons touché une autre que Pontoire m’a donnée à Juvigny, celle là je tacherai de l’apporter car elle est bien chaude. Comme un fait exceptionnel, j’ai eu l’occasion de causer à  Pontoire. Ils sont arrivés à Juvigny la veille au soir que nous partions, nous sommes partis le lendemain à 4h ½  de façon à ce qu’on nous voit pas partir. Je te jure que nous avons vu du pays, ici c’est une très belle ville il y a de la troupe anglaise.

 Je pense que nous resterons pas longtemps ici, nous sommes à 17km de la frontière de Belgique ; nous tuons toujours tantôt  vers 1h

J’ai suivi tes conseils, j’ai vendu mon casque de Prussien, je l’ai vendu à un civil 25f maintenant il me reste le sac et d’autres objets, si je pouvais en trouver un autre à faire la même opération, ça serait du beau travail.

Pendant le trajet de Juvigny à ici je t’ai envoyé une lettre à la hâte et une carte ainsi qu’à Léon je ne sais pas si elles te parviendront, je n’ai encore rien reçu de tes deux colis envoyés je vais peut être le avoir tantôt aussitôt reçus je te le ferais savoir.

Je vais tacher d’écrire à Léon aujourd’hui et j’écrirais aux gens que tu m’as dit demain si c’est possible.

Je ne vois pas grand-chose à te dire pour le moment je suis toujours avec Lecomte, il commence à me dégoûter, il est plus sale qu’un porc, il se nettoie jamais, il est à pas prendre avec des pincettes en plus de cela il est rempli de maux, je t’affirme que je fais bien attention à ne pas boire après lui.

Quant à moi je n’ai plus de boutons je me porte bien pour le moment, par un moment donné je croyais que mes hémorroïdes allaient me reprendre mais ce n’est pas venu et heureusement. Quand est le retour, vivement la fin de la guerre comme situation parait il n’est pas mauvaise. Nous ne connaissons pas grand-chose.

Par moment je m’ennuie beaucoup et ça n’avance en rien. Enfin espérons le plaisir de revenir bientôt.

Ma chère Marguerite je pense que cette lettre te trouvera en parfaite santé toi et les enfants ainsi que tes parents, je pense que ton père fait toujours bien attention à lui, je pense le retrouver complètement rétabli à la fin de la campagne.

Embrasse toute la famille de ma part.

Ton mari qui t’aime et t’embrasse bien des fois.

 

E. Vallet

 

A bientôt de tes nouvelles mets toujours la même adresse.

Mille baisers et à peut être bientôt le plaisir de se revoir.

 

Hazebrouck le 23 octobre

 

J’oubliait de te dire que j’ai vu Berthault qui est à Fontenay et Ressiault de Bléré qui tu le connais bien il était avec Pontoire.

 

J’attends avec impatience de tes nouvelles

 

Encore mille Baisers de ton mari qui t’aime.

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Publié dans blogduboucher

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