03 septembre 1914
Poperinge le 3 septembre 1914
Ma chère Marguerite
Je fais réponse à ta dernière lettre du 24 octobre que j’ai reçue hier 2 septembre à l’instant je viens d’en recevoir une de Léon : une carte lettre qui est partie du 26 octobre, il est très gentils sur cette lettre, il me dit de ne pas parler de cette lettre de colère, que je t’ai envoyée, qu’il avait fait cela par un moment de colère mais qu’il s’excusait que je pouvais compter sur lui pendant la durée de la guerre, il me dit que ça pourrait bien durer six mois que je le retrouverai là, il me dit que ça lui ferait bien de la peine s’il fallait qu’il quitte la maison. Il me dit que Morin est plus jaloux de lui que de moi, il pensait qu’il allait s’en aller et que tu fermerais, il me dit que Morin ne marche pas si fort qu’il marchait.
Il me raconte des nouvelles du pays, il me dit qu’il a deux vaches à faire voir à Duchène et qu’il va tuer toutes les semaines 2 vaches chez lui et qui t’a donné à meilleur marché en pour.
Sa lettre m’a fait beaucoup plus plaisir que l’autre, celle-ci m’a rendu plus heureux mais il recommencera bien c’est sûr.
Il me dit que tu es très gentille pour lui, il regrette de m’avoir envoyé cette lettre il dit qu’il n’était pas maître de lui. Il me dit aussi que je ne parle pas que Suzanne va à l’école, je pense qu’elle est mignonne et sage et qu’elle te fait un très grand débarras, pauvres petites oui ce que je serai heureux de les voir et toi aussi mais quand est !... toujours la même chose. Il me dit qu’il a acheté un veau chez Jaunie 35f, l’autre chez Ledru.
Voilà 10 fois que je t’ai dit que j’ai reçu tes photos à Juvigny.
Tu me demandes ce que l’on fait le matin, le réveil à 5 heures, ensuite jusqu’à 10h1/2 corvée ou distribution hier j’y suis allé nous sommes rentrés à midi, mais lorsque l’on ne va pas en distribution, à 10h1/2 soupe et à midi ½ abat, nous tuons en ce moment 28000 kilos de viande tous les jours nous finissons environ à 5h1/2 du soir, après soupe, ensuite nous allons faire un petit tour histoire de fumer une cigarette et nous rentrons se coucher à 8h. Voilà le passe temps tous le jours, nous sommes dans une très grande remise nous avons pas froid, nous avons de la paille, il ne faut pas se plaindre, nous avons été des fois plus mal. Je n’ai pas encore reçu mon gilet de laine et cependant je m’en servirai pour faire l’abattoir et la nuit pour dormir.
J’ai bien reçu tes 4 lettres j’ai reçu comme je te l’ai dit bien des fois les 3 (…) colis par la poste mais pas celui du chemin de fer. Envoies moi mon rasoir si tu veux, mais je ne veux pas de bonnet de coton, j’ai un bonnet de (…) pour remplacer.
Si tu peux comme je te l’ai dit sur ma dernière lettre envoies moi un peu d’argent car j’en ai bientôt plus, mets simplement des petits billets dans la lettre et recommande la, je suis sûr de la recevoir, tu n’as pas besoin de donner le contenu au facteur.
Ma chère Marguerite en attendant le plaisir de te lire je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que Suzanne et Henriette et tes parents et je pense que cette lettre vous trouvera tous en parfaite santé.
Ton mari qui t’aime de tout son cœur
E. Vallet
J’ai écrit au Père Ledru à Hardion à Vallet à Benoit aux gens que tu m’as dit