04 décembre 1915
Le 4 décembre 1915
Ma chère Margot
Tu auras été encore un jour sans recevoir car hier samedi nous avons été dans une ville voisine à 20 km d’ici. Nous avons été un petit (…) pour aller tuer 30 bœufs alors nous avons du rentrer ce soir à 8h30 et il était trop tard pour écrire et j’étais plutôt fatigué. C’est la première fois que je travaille en compagnie des boches car là-bas il y en avait pas mal. Ils passaient dans les cases pour tirer les peaux et chercher les issues. J’en ai attrapé un, il était à (…) le sang, il ne faisait pas attention, il répandait du sang sur les bœufs alors après l’avoir attrapé, il faisait bien attention. Monsieur Massacre n’y était pas, j’avais peut-être oublié de te dire que depuis que nous sommes ici, il n’a jamais travaillé à l’abattoir. Tous les jours il s’en va charger des tombereaux de terre alors tu vois qu’il n’est pas indispensable. Il doit partir en permission cette nuit alors comme commission je lui ai dit de te donner le bonjour un point c’est tout. Et si tu avais un colis à lui remettre à son retour. Je lui ai donné mon petit porte-monnaie que j’avais emporté sans faire attention. Il te sera plus utile qu’à moi et moi il m’embarrassait plutôt. J’ai toujours mal au bras mais il n’y a pas lieu de te tourmenter car j’espère que ce ne sera rien et que d’ici (…) cette grosseur sera disparue. A part cela je suis en bonne santé et j’espère qu’il en est de même vous autres tous, alors je te fais réponse à ta lettre du 30 et celle du 1er puisque je n’ai pu faire autrement.
Ma chère petite amie ce soir je suis assez fatigué alors je vais te quitter et me coucher, en attendant demain le plaisir de commencer à te lier et d’avoir le plaisir de te lire.
Ton petit mari qui t’aime de tout son cœur et qui t’embrasse bien fort
E Vallet
Embrasses bien petite Suzanne, Henriette et les parents
Au revoir et encore mille bons baisers